| | PULGASARI - Shin Sang-ok, 1985, Corée du Nord | Jeu 13 Mar - 17:32 par Kerozene | A l’époque féodale, dans une contrée remplie de gentils paysans pacifistes, régnait un seigneur vil et cruel qui ne vivait que pour la guerre. Manquant de fer pour subvenir aux besoins en arme de son armée, ses sbires obligèrent un vieux forgeron à fondre tous les outils de la région pour en faire des épées, des boucliers ou autres instruments de mort. Mais le valeureux s’opposa à la demande seigneuriale car accepter ce travail revenait à ôter des mains des paysans leurs outils de travail. Et sans ces outils, pas de travail. Et sans travail, pas moyen pour eux de subvenir à leur besoin. Les soldats se fâchèrent alors très fort et tapèrent le grand-père sans défense, ce qui provoqua la colère des paysans qui se soulevèrent contre les soldats. Traité comme un traitre, le vieux est jeté en prison, tout comme les paysans résistants, à la différence que pépé se vu privé de nourriture. Pour protester contre ce traitement à peine digne des geôles de Guantanamo, tout le monde entama une grève de la faim. C’est alors qu’on accorda au vieux désormais mourant, une portion de riz. Mais plutôt que de le manger, il prit sa nourriture et la modela en une petite figurine avant de mourir misérablement. Cette figurine, c’est Pulgasari, une créature à corne se tenant sur ses deux patounes arrière. Et rapidement, Pulgasari prit vie dans le but de protéger les paysans de l’oppression du méchant. Mais Pulgasari avait faim, et Pulgasari ne mangeait que du métal ! Et plus il bouffait, plus il grandissait…
PULGASARI est donc un kaiju eiga en provenance de Corée du Nord, un film de monstre traditionnel que l’on pourrait situer quelque part entre GODZILLA pour la créature et la série des DAIMAJIN pour le cadre de l’action. Mais c’est la genèse de PULGASARI qui le rend si particulier. C’est sur les ordres de Kim-Jong il, alors fils du dictateur en place, que le réalisateur-producteur sud-coréen Shin Sang-ok fut kidnappé à Hong-Kong en 1978 alors qu’il enquêtait sur la disparition de sa femme avec qui il venait de divorcer - et qui avait elle aussi été kidnappée par les services secrets nord-coréens. Grand amateur de cinéma, Kim-Jong il était désireux de lancer la production nationale, du coup il choisit l’un des plus populaires et prolifiques cinéastes chez le voisin. Après tout, pourquoi se priver ? Shin Sang-ok réalisa sept films pour la Corée du Nord avant de s’échapper en 1986 avant de demander l’asile aux États-Unis où il réalisa quelques films dont la série d’action pour moufflets LES 3 NINJAS. De ces sept films, c’est bien évidemment PULGASARI le plus populaire.
Ce sont des spécialistes de la Toho, firme-mère de GODZILLA, qui signèrent les effets spéciaux du film. On retrouve donc le traditionnel homme en costume piétinant des maquettes en hurlant à tue-tête, écrabouillant des méchants et avalant des kilos de métal ; il va même jusqu’à gober des boulets de canon pour les recracher en direction de ses attaquants, mais le soucis est qu’une fois débarrassé du tyran, PULGASARI a toujours la dalle, et qu’il a bouffé tout le métal du pays. Du coup, nos paysans sont bien avancés. Seul un sacrifice permettra de venir à bout du monstre et c’est là que l’on se prend toute la subtilité du propos en pleine face : oui, le sacrifice de soi est nécessaire pour la sauvegarde de la nation ! PULGASARI a évidemment été vu par certain comme une métaphore du « péril capitaliste » et il est évident que le fond du film tend vers quelque chose s’y approchant mais c’est bel et bien l’aspect « dévouement envers son pays » plus que le « sus aux occidentaux » qui m’a le plus gêné. Mis à part ça, PULGASARI n’est pas non plus le summum du kaiju eiga. Contrairement aux productions japonaises, le film n’est pas tourné en cinémascope et pêche un peu d’un point de vue esthétique cependant il y a quand même un aspect quasi-épique lors des scènes d’assaut de centaines de paysans vers les fortifications ennemies. Cependant le film accuse quelques carences de rythme que la répétition des scènes finit par rendre plus ou moins redoutables. Fnalement, le film se regarde plus en raison de son cadre de création que pour son contenu ma foi pas toujours excitant.

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